Le nomade digital, un nouveau mode de vie ?

Le vaste développement de l’Internet a déjà permis depuis 20 ans de mettre en place le télétravail et le suivi à distance en direct dans de nombreux domaines. Une nouvelle tendance a commencé à émerger ces dernières années : les « digital nomads », ou nomades numériques, ou encore « technomades ». Détachés de la contrainte de lieu et de temps, ils ont choisi de garder une entière liberté quand à leur manière de travailler. Souvent motivés par l’envie de voyager le plus souvent possible, certains comptables, architectes, journalistes ou développeurs Web n’ont plus de bureaux, voir plus de domicile, et sillonnent la planète le portable sur les genoux. La sédentarité n’est plus une obligation dans le Nouveau Monde :  grâce à l’avancée des nouvelles technologies de de l’Internet sans fil (Wi-fi et 3G), il est possible de se connecter à Internet depuis quasiment n’importe quel endroit sur la planète.

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Au-delà d’un simple mode de travail, cette manière de vivre est un véritable style de vie, correspondant aux valeurs émergentes de la société du Nouveau Monde : liberté, voyage, ouverture d’esprit, absence de propriété (utiliser plutôt que posséder), pouvoir prendre des « mini-retraites » sans devoir attendre la vraie pour réaliser ses rêves : traverser l’Afrique à pied, observer la grande barrière de corail, apprendre le japonais sur place, ou construire sa maison de ses mains… Un vrai changement de valeurs, puisqu’avoir son propre toit était l’obsession de l’homme depuis des générations. Celui qui ne possédait pas de logement était suspecté de vagabondage ou d’incapacité à « se contruire une vie ». Mais aujourd’hui les jeunes du monde entier, souvent éduqués, conçoivent la vie différemment : ce qui leur importe avant tout, c’est de pouvoir rester mobiles, pas de posséder un logement.

Certains se revendiquent clairement de la « génération Y » : désabusés par le monde du travail tel qu’ils l’ont connu (ou vu à travers la vie professionnelle de leurs parents), n’espérant pas de « vivre très longtemps » ou « d’avoir une retraite », ou souhaitant voir le monde et même agir pour préserver l’environnement, ces jeunes adultes – même si certains nomades pionniers ont commencé il y a 20 ans et atteignent la cinquantaine – ne semblent pas passifs, mais plutôt actifs, choisissant volontairement de construire leur vie de A à Z, parfois en se créant un nouveau métier.

Si de nos jours le sentiment de liberté connaît un véritable succès, il le doit avant tout au développement de l’Internet. De nombreuses professions peuvent être exercées en mode nomade. Sur la plage, dans une chambre d’hôtel à Paris ou au bout du monde, le bureau, c’est l’endroit où l’on pose son ordinateur. Plus besoin d’être obligé de vivre à côté de son lieu de travail, et de devoir tout quitter pour suivre son employeur s’il souhaite délocaliser.

Des raisons financières peuvent aussi mener à une existence nomade. A Londres, par exemple, les loyers sont si exorbitants que l’on n’a parfois pas d’autre choix que d’opter pour la péniche de plaisance, idem pour Paris. Certains avaient déjà commencé à remettre en question leur manière de travailler et donc de vivre, en continuant à travailler pour des entreprises parisiennes tout en s’installant à la campagne, ne venant voir leurs employeurs qu’une fois par mois. Un vrai changement de vie, en cohérence avec une envie de vivre plus proche de la nature et de gérer son emploi du temps. Et plus de bouchons : le bureau est à quelques mètres de la maison ! Les enfants aussi.

Les nomades digitaux vantent et « vendent » souvent leur mode de vie sur leurs blogs, où ils prodiguent des conseils en encourageant à sauter le pas pour choisir la vie la plus libre qui soit. Ce choix est parfois fait par nécessité (devenir freelance pour sortir du chômage), mais est maintenant souvent fait par choix : pouvoir gagner sa vie sans les contraintes associées (le fameux « 9 to 5 » et les trajets quotidiens, entre autres). De nouvelles valeurs coexistent avec cette nouvelle manière de travailler : l’argent n’est plus une priorité, surtout lorsque salarié on a connu des postes de cadres qui exigeaient une présence de 8h à 20h en magasin du lundi au samedi et parfois même les dimanches à Noël – sans compter les heures à travailler chez soi pour préparer des réunions pour le lendemain. « Travailler plus pour gagner plus… pour quoi au fond ? », diront certains d’entre eux, même si les nomades peuvent réussir à gagner beaucoup en travaillant très peu. On retrouve chez eux l’envie d’une vie plus simple, donc avec moins de biens matériels… ce qui est cohérent si l’on veut pouvoir bouger souvent. Un très grande partie garde tout de même un pied à terre : maison familiale, chambre chez des amis, ou appartement personnel… qu’ils louent via AirBnB quand ils partent en voyage !

Ce type de vie permet aussi de multiplier les emplois : traducteur « classique » et photographe pour des guides de voyage par exemple. Avec Internet, beaucoup de métiers peuvent être exercés à distance : on peut être comptable pour un grand cabinet londonien (avec le salaire qui va avec), mais vivre à Bali (avec le coût de la vie qui va avec). Un nouveau moyen de vivre correctement même sans gros revenus.

Avec la colocation dans les villes les plus chères, apparaît également le coworking, l’allié du nomade qui souhaite ne pas être trop isolé. Des espaces de travail où ces travailleurs nouveau style se retrouvent et partagent leurs expériences, voire travaillent ensemble sur une mission précise. A Lille, par exemple, s’est ouvert Helmut et Raoul, un tout nouveau concept Lillois de « café-bureau » qui vient d’ouvrir ses portes en plein centre de la ville. Destiné à accueillir les indépendants, créatifs et… tous ceux et celles qui travaillent de chez eux. Ce lieu a pour ambition de permettre de travailler dans une ambiance décontractée et en toute tranquillité, pour rompre l’isolement du travailleur indépendant / freelance et de moins mélanger vie personnelle et professionnelle. La Plaine Images de Tourcoing propose également un accès en libre-service à leur espace de coworking, afin de pouvoir « travailler dans un univers inspirant et profiter du contact des entrepreneurs, chercheurs, étudiants et créatifs sans avoir besoin d’un bureau à temps plein ».  Café, « cuisine mobile », corner restauration ouvert tous les midis, accès au wifi gratuit, magazines et journaux à disposition, tables de ping-pong, babyfoot, environnement inspirant… : le Coworking Space met tout en œuvre pour être dans les meilleures dispositions de travail et favoriser le processus de création. Un concept né en parallèle à New-York et à Berlin, à la fois pour réaliser des économies (partage de bureaux dans des lieux prisés pour des coûts moins élevés), et pour créer un type d’entreprise innovant : réunir des talents invités à travailler ensemble sur un projet ponctuel pour obtenir un travail plus riche, plus créatif et plus innovant. Comme le fait GALAXY FACTORY (juste en passant).

Cette tendance peut avoir de nombreuses répercutions sur l’ensemble du système économique, en urbanisme par exemple. Si de nombreux travailleurs se mettent au télétravail et au nomadisme, est-il encore nécessaire de construire d’immenses ensembles de bureaux en centre-ville ? Et les logements urbains, seront-ils autant demandés si les nouveaux travailleurs préfèrent vivre dans un environnement plus proche de la nature, ou dans une autre ville, voire à l’autre bout du monde ?

Sources : Magazine Yourope – « Les nomades modernes » – ARTE, samedi 10 octobre 2015 / www.lillebymat.fr / www.plaine-images.fr / www.veryworldtrip.com / www.comanddo.fr / www.kalagan.fr

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