La 3e révolution industrielle dans le NPDC

Heinrich Böll Stiftung from Berlin, Deutschland, Foto by Stephan Röhl — Conference: Countdown to Copenhagen Jeremy Rifkin
Jérémy Rifkin – Photo : Stephan Röhl

La TRI, vous en entendez certainement parler depuis quelque temps, en parallèle avec d’autres expressions comme « le Nouveau Monde », la « décroissance » et la « transition énergétique ». Ce concept a été créé par Jérémy Rifkin, un essayiste américain, spécialiste de prospective (ou « futurologue » si vous préférez), dans son livre devenu un best-seller : La troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde, publié en 2012. Pour lui, les révolutions industrielles sont le résultat de la rencontre d’une source d’énergie et d’un moyen de transport (ou de communication). La première révolution industrielle est née à la fin du XVIIIe siècle du charbon et de la machine à vapeur. La seconde, à la fin du XIXe, du pétrole, de l’électricité et du moteur à combustion. Aujourd’hui, face à l’urgence écologique, il faut changer de modèle. Les énergies fossiles se raréfient. Il faut entrer dans une troisième grande transformation : celle des énergies renouvelables et de l’Internet.

Il y évoque donc l’entrée du monde dans une nouvelle ère industrielle, qui aurait commencé dès les années 50 avec la montée en puissance des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) mais qui serait en grande accélération aujourd’hui.

Selon cet analyste, ce changement de mode de vie, de consommation et de production est nécessaire mais aussi urgente pour répondre notamment à la diminution de la production de pétrole et pour une transition vers un développement plus soutenable nécessitant une économie moins polluante. Depuis 2006, Rifkin propose cette révolution comme vision stratégique aux entreprises, aux États et à l’Union européenne. Elle permettrait de respecter (et dépasser) les engagements mondiaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique (Protocole de Kyoto), une gestion plus durable des ressources et une survie de l’économie (via une économie différente, après une phase de transition). Elle éviterait à court terme la prolongation des crises pétrolières et l’aggravation ou le retour de la crise de 2008. À moyen et long terme, c’est pour Rifkin l’ultime et seule solution pour éviter un effondrement global et durable de l’économie. L’enjeu est donc central, primordial, fondamental : la survie des écosystèmes et donc de l’humanité.

Il propose une synergie entre les cinq piliers de sa proposition :

  • La transition d’un régime d’énergies « classiques » (pétrole, gaz, charbon et nucléaire) vers les énergies renouvelables : énergie solaire (thermique et photovoltaïque), énergie éolienne, énergie hydraulique, biomasse et énergie géothermique. C’est encore une part mineure de la production totale, mais les coûts sont en baisse, ce qui les rend plus concurrentielles et attractives
  • La transformation des bâtiments (180 millions rien qu’en Europe !) en mini-centrales électriques collectant des énergies renouvelables au profit d’une production décentralisée d’énergies, proche des endroits où l’on en a besoin. Il existe déjà une offre grandissante de bâtiments à énergie positive, de nombreux pays lancent des programmes de recherche sur ce sujet, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, qui ont compris que le soleil était leur autre grande richesse après le pétrole. Cela représente des implications commerciales et économiques énormes pour les secteurs de l’immobilier : de 2010 à 2035, des millions de bâtiments (maisons, mais aussi bureaux, bâtiments publics, zones d’activité) pourront à la fois accueillir des gens et des activités, et produire de l’énergie à partir du soleil, du vent, de l’eau (énergie des vagues et des marées, hydroélectricité), des déchets organiques ou de la chaleur de la Terre (géothermie) pour eux-mêmes, en partageant le surplus là où il peut être utile
  • L’installation dans chaque bâtiment et dans toute infrastructure des moyens de stockage pour conserver l’énergie renouvelable qui y est produite
  • Le développement de « smart grids » (« grilles intelligentes », un système interconnecté) grâce à une technologie inspirée d’Internet connectant les réseaux énergétiques et électriques en un réseau unique et intelligent
  • La transition des flottes de transport vers des véhicules hybrides ou à pile à combustible, pour tous les véhicules motorisés, chaque véhicule pouvant acheter et vendre de l’électricité en se connectant au réseau « smart grid ».

En 2007, le Parlement européen a officiellement adopté cette vision. L’Europe, par ses cofinancements aide les États-membres à expérimenter les énergies propre et sûres et les technologies limitant les émissions de CO2. En 2012, la France fait partie des pays qui testent des compteurs intelligents et communicants Linky, un projet de 5 milliards au niveau national. Fin 2012, la Région Nord-Pas-de-Calais et la Chambre de commerce et d’industrie de région Nord de France ont demandé à Jeremy Rifkin d’écrire un « Master plan » régional, et la MEL (le nouveau nom de la Communauté urbaine de Lille) compte devenir une « smart metropole » et un haut lieu d’expérimentation dans ce domaine, notamment grâce à la mise en place d’un « réseau électrique intelligent », l’Etat ayant fourni une enveloppe dédiée de 100 millions d’euros. Carrefour, Auchan, la CCI (sur le Port de Lille), se sont proposés pour équiper les toitures et en faire des centrales d’énergies renouvelables.

Que penser de ce projet ?

Il faut déjà saluer l’ambition que montre la région NPDC au vu de sa situation passée. Il semble évident qu’aujourd’hui, face à l’urgence écologique, les dégâts de la crise de 2008 et le chômage et la pauvreté dans la région (on rappelle que Roubaix est la ville la plus pauvre de France), il faut vite changer de modèle. Les énergies fossiles se raréfient, et les nouvelles énergies, ce sont des économies d’échelle et personnelles énormes, et des opportunités d’emplois qualifiés gigantesques. Il est nécessaire d’entrer dans une troisième grande transformation : celle des énergies renouvelables, liée à Internet. La région a décidé de la jouer quitte ou double : faire un virage à 180° et oublier le passé (perte de ses activités industrielles, chômage, pauvreté, ancienneté) pour entrer dans le futur : le numérique et l’écologie, deux des « valeurs » du Nouveau Monde. La région NPDC vient d’obtenir le label « French Tech » et veut devenir la nouvelle Silicon Valley, et être ainsi aspirée dans le cercle vertueux des nouvelles technologies, de la modernité, de la croissance et de l’emploi.

Passer de la friche industrielle et textile du 19ème siècle en un haut lieu du numérique et des énergies renouvelables, c’est possible !

C’est même déjà bien parti, grâce notamment à une convergence d’énergies et d’ambitions, des fonds des pouvoirs publics, et aujourd’hui les fonds d’investissement parisiens se pressent pour investir à Euratechnologies. Le numérique est clairement porteur d’avenir pour la régions NPDC, la croissance est réelle : le Syntec numérique révèle une croissance moyenne de 2,6 du secteur depuis 2008, et près de 2000 nouveaux emplois en 2014. La communauté urbaine, la région, et les villes de Lille, Calais, Lens, Roubaix et Valenciennes se mobilisent et se battent pour la transformer en terre de croissance et de richesse. Même Roubaix investit et croit dans le numérique avec l’écosystème Blanchemaille, l’hébergeur OVH, le nouveau Campus Gare, la transformation de l’usine de La Tossée et du quartier de l’Union, et Plaine Images. La région a également besoin de se redynamiser au niveau de l’offre d’habitat (insuffisant et obsolète notamment en termes de performance énergétique) et de s’équiper en Très Haut Débit, et de développer comme pour le reste de la France, de l’Europe et du Monde, de nouvelles sources d’énergie. La région NPDC est riche en expertises technologiques pour développer ces deux piliers du « système Rifkin », et peut générer de vraies dynamiques : recherche (Euratechnologies, HEI, Arts et Métiers, Ecole Centrale de Lille), création de starts-ups financées par des fonds de plus en plus importants et intéressés.

Il est clair que la démarche a un sens et donne du sens. La publication « En marche » recense plus de 150 projets d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, les réalisations des collectivités locales et engagements des acteurs sociaux, universitaires ou scientifiques. Elle offre une représentation concrète du champ des possibles,dans le périmètre immense de la Troisième révolution industrielle et des perspectives nouvelles qu’elle ouvre. On y recense d’excellentes initiatives qui démontrent que les entreprises existantes ou nouvelles de la région n’ont pas peur de franchir le pas : 3 Suisses et La Redoute ont par exemple décidé (enfin) d’abandonner leurs catalogues papier respectifs et de devenir eux aussi des « pure players », des entreprises présentes uniquement sur le Web.

Je suis également ravie de voir ces magnifiques anciennes usines à l’architecture époustouflante réhabilitées et transformées en lofts, bureaux et espaces de rencontre ou lieux de spectacle. L’espace de travail et la manière de travailler ensemble change pour le mieux : environnements de travail intelligents, bâtiments évolutifs, espaces de co-working, plateformes collaboratives, dématérialisation des documents, e-travail… Beaucoup de lieux et de manières de travailler qui permettent à beaucoup de se lancer et de créer leur propre activité avec peu de moyens. Le fait même de se localiser quelque part, d’avoir un siège social à Lille, Monaco ou Berlin n’a plus tellement de sens, grâce à Internet surtout à la montée en puissance du réseau, suffisamment efficient pour travailler ensemble à distance, en temps réel et haute définition.

Un autre pilier de cette transformation, de cette mutation, ne fait pas partie des 5 piliers du concept de Jeremy Rifkin, mais est très représentative du mode de pensée actuel, de la mutation vers un nouveau système de fonctionnement, plus solidaire, collaboratif, responsable et proactif. Voilà pourquoi cela « bouge déjà depuis quelques années dans de nombreux secteurs d’activités et sur les territoires, pour une bonne et simple raison : ce sont les acteurs eux-mêmes qui, sur le terrain, s’emparent très concrètement de la dynamique et initient de nouvelles pratiques ou modes d’exploitation. La Troisième révolution industrielle est une oeuvre collective dans laquelle chacun a un rôle à jouer. Rien à voir avec un énième plan ou programme pensé d’en haut ! » (Philippe Vasseur, Président de la CCI de région Nord de France).

http://www.latroisiemerevolutionindustrielleennordpasdecalais.fr/

Pour en savoir plus : www.latroisiemerevolutionindustrielleennordpasdecalais.fr

Actualisation – Novembre 2015 : Lors du WFRE de 2015, la région a renommé le programme avec le joli nom de Rev3 ; ce lien converge donc vers le site http://rev3.fr, qui explique de manière très claire tous les aspects du projet sous les chapitres « Comprendre », « Découvrir », « Agir », et « Financer ».

Et créé ce très joli logo ! Que je porte fièrement sur la page d’accueil de mon site…

Logo de la rev3 en couleurSources : wikipedia.org / ECO121, février 2015 / TRIENPDC / Libération.fr / Labrique.net

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